Les neurosciences et les sciences cognitives éclairent la manière dont le cerveau apprend. Pour un formateur, elles offrent des repères concrets pour concevoir des séquences plus efficaces : mieux capter l’attention, éviter la surcharge, ancrer durablement les connaissances et créer un climat propice à l’apprentissage.
Inutile de devenir expert en biologie du cerveau : quelques principes solides, issus de la recherche, suffisent à faire évoluer sa pratique au quotidien.
L’essentiel : 5 leviers pour mieux faire apprendre
- Capter et maintenir l’attention avant de transmettre du contenu.
- Ne pas surcharger la mémoire de travail : fractionner, simplifier, illustrer.
- Relier les nouveaux savoirs aux connaissances existantes pour les ancrer durablement.
- Faire manipuler et transférer les connaissances pour renforcer la compréhension.
- Soigner le climat émotionnel pour favoriser l’engagement et la mémorisation.
Quiz : testez vos connaissances en neurosciences
Faites tourner la roue et répondez par vrai ou faux
1. Capter et maintenir l’attention
L’attention est une ressource limitée : le cerveau ne peut traiter en profondeur qu’une seule information à la fois, et il se laisse facilement distraire par ce qui sort de l’ordinaire. Le chercheur Stanislas Dehaene en fait d’ailleurs le premier des « quatre piliers de l’apprentissage ».
En pratique : démarrez par une accroche (question surprenante, anecdote, chiffre inattendu), annoncez vos objectifs pour aider les apprenants à repérer l’essentiel, limitez les sources de distraction et variez régulièrement les formats. Le repère souvent cité d’un changement toutes les 10 à 15 minutes n’est pas une règle scientifique stricte, mais il reste un bon point de vigilance.
2. Ne pas surcharger la mémoire de travail
La mémoire de travail a une capacité très restreinte : au-delà de quelques éléments nouveaux, l’apprenant sature et décroche. C’est ce que décrit la théorie de la charge cognitive, développée par le psychologue John Sweller.
En pratique : fractionnez les contenus en unités courtes, simplifiez le vocabulaire et les schémas, illustrez par des exemples concrets, évitez de faire lire un texte pendant que vous parlez du même sujet, et laissez des temps de pause entre deux notions nouvelles.
3. Relier les nouveaux savoirs aux connaissances existantes
Le cerveau intègre plus facilement une information nouvelle lorsqu’elle s’accroche à un réseau de connaissances déjà présent.
En pratique : interrogez les représentations initiales des participants, partez du connu pour aller vers l’inconnu, utilisez des métaphores issues de leur quotidien, et réactivez régulièrement les notions déjà vues.
4. Faire manipuler et transférer les connaissances
Une information reçue passivement s’oublie vite. L’apprentissage est bien plus durable lorsque l’apprenant est actif, qu’il reçoit un retour rapide sur ses erreurs et que les notions sont revues à intervalles réguliers.
En pratique : multipliez les mises en situation (études de cas, jeux de rôle, simulations), faites régulièrement des petits tests de rappel, encouragez l’explication entre pairs, et espacez les révisions dans le temps plutôt que de tout concentrer en une seule fois.
5. Soigner le climat émotionnel
Un climat de stress ou de jugement freine les capacités cognitives, tandis qu’un climat de sécurité et de bienveillance les favorise.
En pratique : instaurez un cadre où l’erreur est acceptée et utilisée comme une étape de l’apprentissage, valorisez les progrès, suscitez la curiosité par des formats ludiques, et restez attentif aux signaux de désengagement du groupe.
Neurosciences et Qualiopi : le lien avec l’indicateur 25
S’intéresser aux apports des neurosciences, c’est aussi répondre à l’indicateur 25 de Qualiopi, qui demande aux organismes de réaliser une veille sur les innovations pédagogiques et technologiques et d’en exploiter les enseignements. Intégrer l’un de ces leviers dans une formation, puis garder la trace de ce changement, constitue une preuve concrète pour l’auditeur.
Avancer un levier à la fois
Ces cinq leviers forment un ensemble cohérent pour concevoir toute séquence pédagogique, en présentiel, en e-learning ou en formation hybride. Chaque formateur peut avancer à son rythme : tester un levier, observer son effet sur l’engagement et la mémorisation des apprenants, puis ajuster sa pratique. C’est cette démarche progressive, plutôt qu’une remise en cause radicale de ses méthodes, qui permet de faire des choix pédagogiques plus éclairés.
Vrai ou faux : les réponses du quiz
Attention : « Sans attention, l’apprentissage reste possible mais moins efficace. »
Faux. Sans attention, aucun apprentissage n’est possible : c’est elle qui permet de sélectionner ce qui est important à retenir.
Mémoire de travail : « La mémoire de travail permet de conserver des informations sur le long terme. »
Faux. C’est la mémoire du présent : elle maintient et manipule des informations pendant une courte durée seulement.
Mémoire à long terme : « La mémoire à long terme ne se limite pas aux souvenirs, elle contient aussi nos connaissances et nos automatismes. »
Vrai. On y trouve la mémoire épisodique, la mémoire sémantique et la mémoire implicite et procédurale.
Compréhension : « Comprendre mobilise une seule fonction cérébrale à la fois. »
Faux. La compréhension mobilise simultanément l’attention, la mémoire de travail et la mémoire à long terme.
Émotions : « Les émotions sont plutôt un obstacle à la mémorisation. »
Faux. Elles facilitent au contraire la mémorisation et le rappel des connaissances.
Le cerveau : « Les différentes zones du cerveau fonctionnent de manière totalement indépendante. »
Faux. Elles sont connectées et interagissent en fonction des besoins et de la complexité des apprentissages.
Pour aller plus loin : Stanislas Dehaene, Apprendre ! Les talents du cerveau, le défi des machines, Odile Jacob, 2018 ; John Sweller, travaux sur la théorie de la charge cognitive.
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